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Climat: quand ça chauffe entre parents et enfants

le Mer 17 Oct - 10:18
Climat: quand ça chauffe entre parents et enfants

A l'heure où le Giec lance un nouveau cri d'alarme, de jeunes défenseurs de l'environnement ferraillent avec leurs proches.

Déjeuner du dimanche chez les Vidal. Le fumet de poulet rôti ravit les narines. Les pommes de terre fondent sous la langue. Autant de bons souvenirs pour Julien, le fils aîné de la famille, en dépit de quelques autres, plus irritants. "Au moment de passer à table, j'avais toujours l'impression que l'on hésitait à s'asseoir à côté de moi, comme si j'allais gâcher le repas", se souvient le trentenaire, âgé d'une vingtaine d'années à l'époque. Aujourd'hui fondateur du site Cacommenceparmoi.org (600 000 visiteurs par an) qui teste et recense des actions vertes et citoyennes, Julien Vidal concède : "Bon, c'est vrai, quand j'avais 20 ans, je me prenais pour le chevalier blanc de la planète et je leur rebattais les oreilles avec le réchauffement climatique et notre consommation destructrice."

Résultat : les repas étaient ponctués de piques entre père et fils. "Je lui reprochais de boire de l'eau en bouteille plastique ; il rétorquait que je polluais aussi puisque je prenais l'avion", se remémore Julien, qui vient de publier l'ouvrage Ça commence par moi (Seuil, septembre 2018) conçu à partir du contenu du site. Et de constater : "Ma conscience écologique ne l'intéressait pas et il prenait mes remarques comme une attaque personnelle."
"Ma fille, tu es folle !"

Julien n'est pas le seul jeune citoyen engagé pour la planète à batailler pour que ses idées se diffusent dans la société, mais aussi auprès de sa famille. "Les sujets de débat ne manquent pas entre nous", rigole, mi-figue mi-raisin, Anne-Sophie Lahaye, 26 ans, de l'ONG CliMates qui milite, notamment, pour faire adopter en France une Constitution écologique et a lancé la pétition www.notreconstitutionecologique.org. Pour elle, c'est devant un rôti qu'a eu lieu la première escarmouche avec ses parents. "Je leur ai annoncé que je n'en voulais pas car j'avais décidé de ne plus manger de viande, se souvient Anne-Sophie. Je leur ai expliqué la raison : notre alimentation carnée n'est plus soutenable, pour obtenir un kilo de viande de boeuf, il faut utiliser 15 000 litres d'eau, alors que des régions entières meurent littéralement de soif !" Silence à table. "Ma mère m'a lancé : 'Ma fille, tu es folle !' En fait, elle croyait que je blaguais, poursuit Anne-Sophie. Mais quand elle a compris que j'étais sérieuse, elle m'a dit que c'était vraiment ridicule, et que j'allais y laisser ma santé faute de consommer des protéines. Et encore, elle ne se doutait pas qu'un an et demi plus tard, ma petite soeur lui annoncerait qu'elle était vegan !"

L'incompréhension parentale, c'est aussi ce qu'affronte Pauline*, 25 ans, bénévole pour une association sur les questions environnementales. "Je suis pour l'interdiction du glyphosate alors que papa, qui est agriculteur, utilise ce produit et le juge utile. Du coup, quand il m'entend, ça le met hors de lui", raconte la jeune femme. Père et fille se chamaillent aussi sur la question du bien-être animal. "Moi je pense que l'on devrait punir les responsables des mauvais traitements subis par les bêtes d'élevage. Ça aussi, ça énerve beaucoup mon père. Il me dit : 'Ah, mais ce sont des gens comme toi qui attaquez les bouchers !' Il est tellement agacé qu'il fait un amalgame et confond toutes les associations, alors que je n'ai rien à voir avec les vegans extrémistes."

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C'est aussi avec son père que Benjamin Le Tarnec, 26 ans, se dispute sur les questions environnementales. Salarié chez Too Good to Go, une application spécialisée dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, le jeune homme est convaincu que face à l'urgence climatique, "la solution émanera de la décroissance". Un point de vue que ne partage pas son géniteur, persuadé du contraire : "On s'en sortira grâce à l'activité économique". "A aucun moment, il ne questionne sa façon de consommer, regrette Benjamin. Il n'est pas du tout sensibilisé au changement climatique et n'arrive pas à faire le lien entre croissance économique, consommation et bouleversement climatique. Et il ne supporte pas qu'on lui dise quoi faire sous prétexte d'une mobilisation citoyenne par des 'socialos' !"
Engagement chevillé au corps

Bien sûr, tous les jeunes ne se crêpent pas le chignon avec leurs parents au sujet de la planète. Loin s'en faut. Julien, Anne-Sophie, Pauline et Benjamin font partie de cette frange d'activistes dotés d'un engagement chevillé au corps et d'une conscience aiguë de l'urgence de lutter contre le changement climatique. "Ces jeunes sont engagés différemment de ce que l'étaient leurs parents, ils sont moins idéalistes, veulent des actions concrètes, locales et visibles. Pour eux, la convivialité dans l'engagement est quelque chose d'important, c'est pour cela aussi que devoir batailler au sein de la famille les froisse autant", constate Emilie Poisson, directrice générale de Convergences, un grand forum parisien dédié à la construction d'un monde durable.

Leur parcours témoigne d'ailleurs du profond ancrage de leur engagement. Julien a passé quatre ans dans des ONG dans le cadre d'un Volontariat de solidarité internationale avant d'intégrer, de retour en France, l'association Unis-Cité. Il reconnaît avoir vécu "dans sa chair" des typhons aux Philippines, dont Haiyan et ses plus de 6 000 morts en 2013. De son côté, Marine Foulon, 25 ans, ne s'en cache pas : bien qu'elle ait étudié dans une école de commerce, elle a choisi au grand étonnement de certains de ses professeurs, d'aller travailler dans le monde associatif, chez Emmaüs puis chez Zéro Waste France, car, raconte-t-elle, "je ne voyais pas le sens de mes études, où l'on ne parlait que d'acheter et vendre, sans aucune autre finalité".
Recours au "soft power"

Pour faire bouger les lignes dans leur famille, ces jeunes engagés recourent plus à la méthode douce, au soft power, qu'à la guerre éclair. "J'ai arrêté de vouloir convaincre et changer mes parents car on tournait en rond. Aujourd'hui, je mise sur mon site et mon livre dans lesquels je partage des alternatives écocitoyennes et cela a un impact bien plus grand", raconte Julien. De même, plutôt que de mener une guerre ouverte avec ses parents, Marine l'admet : "Je mise sur la politique des petits pas". Chargée de communication au sein de l'ONG Zéro Waste France, qui lutte contre le gaspillage et les déchets, la jeune femme le reconnaît sans détour : "Mes parents ne connaissent pas et ne se sentent pas vraiment concernés par les enjeux environnementaux ; quand je parle du zéro déchet, c'est comme si je marchais sur les mains. Au début, je m'énervais quand je constatais que mes explications les laissaient de marbre. Avec le temps, je me contente de remporter des petites victoires, c'est ma manière de les éduquer en quelque sorte !"

Par touches légères, Marine initie ses parents à de nouvelles pratiques. Elle a ainsi offert à sa mère pour son anniversaire des cotons démaquillants lavables pour remplacer ses cotons jetables. Un peu plus tard, elle lui a donné un rouge à lèvre bio avec le contenant recyclé et recyclable. Puis, elle a accompagné ses parents au supermarché. "Sur place, j'essaie de leur suggérer de nouvelles habitudes, je leur explique, par exemple, qu'ils n'ont pas besoin d'envelopper de plastique les légumes à peau épaisse comme les concombres, les carottes, les bananes. Dans la foulée, je leur explique à quel point le plastique est un fléau pour les poissons et animaux marins qui les avalent". Elle a ensuite corsé la situation : "Je leur ai annoncé qu'à Noël, je ne voulais aucun cadeau neuf." Devant leur mine perplexe, elle a expliqué que désormais, elle faisait tous ses achats chez Emmaüs et dans des friperies.
Des évolutions plus qu'une révolution

La stratégie du soft power fonctionne-t-elle ? Elle provoque des évolutions plus qu'une révolution. Mais cela n'empêche pas Julien de savourer ses avancées. Son père boit désormais l'eau du robinet purifiée avec du charbon actif, et il a démarré un compost dans son jardin. Sa mère dépose des objets dans les recycleries et s'est acheté un livre de recettes véganes. Quant à son frère, électricien, il est passé chez Enercoop, un fournisseur d'électricité d'origine renouvelable.

Pour sa part, Anne-Sophie a proposé à ses parents de leur cuisiner de temps en temps un plat chaud veggie, comme des lasagnes aux légumes ou un curry à base de pois chiche et de riz complet. "Au début, ils rajoutaient une tranche de jambon à côté, mais avec le temps, ils ont arrêté, rassasiés par le plat végétarien. Ils ont aussi diminué de façon drastique leur consommation de viande. Et son père a fini par se faire à l'idée d'acheter du vin bio. De son côté, Marine constate chez ses parents des micro-changements. Sa mère lui précise, toute fière, qu'elle n'a pris qu'un seul sac plastique au supermarché pour l'achat de ses légumes. Et son père qui ronchonnait au début, n'en prend plus du tout . Marine a bon espoir que les progrès se poursuivent. Sauf peut-être avec sa grand-mère, qui fait de la résistance, et la surnomme "L'Herbivore" depuis qu'elle a appris qu'elle était végétarienne.

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/climat-quand-ca-chauffe-entre-parents-et-enfants_2039090.html?fbclid=IwAR1t40yy5pAwhyPahebzUfiTgnwD7iCEN8P93I4xP8UtmErJL8sxpfZjW_o
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